Wolfgang Hörner

Stéréotypes nationaux, sciences de l’éducation et travail scolaire Comparaison France-Allemagne

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Abstract

On demanda à trois savants, un Français, un Anglais et un Allemand, de doter le monde de leur vue sur un animal fort intéressant, à savoir le chameau. Or, le Français sur l’heure s’en va au jardin zoologique, y passe une heure en recherches rapides, s’en revient et écrit un feuilleton dans lequel il ne puisse être trouvé la moindre phrase que l’Académie française eût pu blâmer, mais pas une phrase non plus qui eût pu contribuer au progrès de la connaissance sur l’objet en question. Il est néanmoins parfaitement satisfait et s’écrie : « Le voilà, le chameau. » L’Anglais par contre, emporte sa théière et tout ce dont il a besoin pour sa commodité, installe sa tente dans la région du Moyen-Orient et y reste deux ans pour étudier le chameau et son comportement. Il revient sur l’île avec un livre important rempli de descriptions de faits présentés sans ordre ni philosophie, mais constituant une collection appréciable de documents pouvant servir à tous ceux qui viendront après lui. L’Allemand, plein de mépris à l’encontre de la frivolité du Français et du ramassage de faits sans système ni théorie de l’Anglais, se retire dans sa bibliothèque personnelle pour y développer « L’idée de chameau issue des couches profondes de la conscience morale ». Et s’il n’est pas mort depuis, il y est toujours … (d’après Georges Henry Lewes, 1864). En lisant ce passage d’un auteur anglais du siècle dernier, la question est permise de savoir si, au-delà de leur qualité incontestable de constituer une preuve excellente de l’humour britannique, à un niveau plus sérieux, ces lignes persiflant quelques stéréotypes nationaux représentent plutôt un exemple d’une « ethnologie de touriste » (Bourdieu, Passeron, 1967) ou si, au contraire, cette plaisanterie ne révèle pas des particularités culturelles nationales réelles, venant des profondeurs de la « conscience collective ».